Propos recueillis par Anaïs Arnal
PLASTICIENNE ET GRAVEUSE FRANÇAISE, ANNABEL SCHENCK DEVELOPPE UNE PRATIQUE DE L'ESTAMPE CARACTÉRISÉE PAR DES ÉCHELLES INHABITUELLES POUR L'ŒUVRE GRAVÉE, LA SPACIALISATION DE L'IMAGE ET LA VOLONTÉ DE TRAVAILLER IN SITU.
ENTRETIEN AVEC L'ARTISTE.
PARLEZ-NOUS DE LA GENESE DE CETTE EXPOSITION. Le Centre des monuments nationaux a vu l'installation que j'ai réalisée à Villeneuve-lès-Avignon et m'a invitée à Aigues-Mortes en me donnant une totale carte blanche. Lorsque j'ai visité les lieux, il y a eu un dialogue intéressant, une réflexion sur ce que je pouvais produire, des idées, une belle émulation.
QUELLES ONT ÉTÉ VOS PISTES DE RÉFLEXION? Je cherche toujours à lier les œuvres que je produis au lieu, à son histoire et à son architecture. J'aurais pu me pencher sur les guerres de Religion, le passé de prison, mais c'était un thème difficile et délicat à l'heure actuelle, même si j'y fais référence avec l'œuvre Register dans laquelle j'ai suspendu des portraits déformés de résistants d'hier et d'aujourd'hui (Marie Durand, Alexei Navalny, Missak Manouchian, etc.) dans une grande cage. Après ma visite, j'ai beaucoup lu, notamment sur la géologie et le parc naturel de la Camargue qui fait face au changement climatique avec la montée des eaux et la salinisation des sols. C'est sur ces enjeux et défis écologiques que j'ai choisi de travailler.
L'EXPOSITION S'EST DEPLOYÉE EN DEUX TEMPS. Oui, il y a eu un premier acte au printemps avec l'installation de quatre œuvres à la porte des Moulins sur le chemin de ronde et un second en juillet avec trois œuvres supplémentaires à la porte de la Marine et dans les tours de la Poudrière de Villeneuve et de la Mèche. J'ai fait le choix délibéré de rester sur du noir et blanc pour être en accord avec la pierre de l'édifice. Parmi les œuvres présentés, il y a Mise en demeure ou Le Glacier des Etançons, une fresque de 10 x 3 m où la gravure est mise en volume, spatialisee à travers différents moyens. Dans cette production, j'ai effacé le glacier en lui donnant une forme blanche fantomatique. Mon père était guide de haute montagne et j'ai passé beaucoup de temps dans ces lieux inconnus, mystérieux, qui exerçaient une véritable fascination sur moi et que j'ai sacralisés.
Annabel Schenck, La Mosaïque des racines
PARCOURS DES ARTS n° 79 • Occitanie Pyrénées-Méditerranée